Plongez dans les méandres d'une théâtrale folie psychiatrique...
 
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Quand la douleur est le remède à la douleur...

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MessageSujet: Quand la douleur est le remède à la douleur... Sam 28 Juil - 15:34

Ennui. D’ordinaire ce mot aurait illustré à la perfection l’état d’esprit, rythmé le quotidien d’Alexander Dawson. Or, comme le démontrait le mot « d’ordinaire », ce n’était aujourd’hui absolument pas le cas…

Douleur. Voilà le mot actuel qui résumait notre cas. Une douleur viscérale qui ne laissait pas son esprit en paix. Une langue de feu particulièrement virulente lui léchait les tréfonds du corps et arrivait même aux limites de son âme imperméable, chose pourtant impossible en temps normal. Mais voilà, la question était là ; ce n’était pas un temps normal. « Temps normal » était quand il était adossé aux murs mous de sa cellule et qu’il se murmurait des choses dont il gardait le secret ou qu’il songeait à sa belle. « Temps normal » était quand il cadençait ses journées de soupirs et de claquements de langue agacés. « Temps normal » était quand Alexander s’évadait dans les méandres brumeux de son esprit.

Or, comme expliqué plus tôt, cette douleur le taraudait, le harcelait à tel point qu’il lui était incapable de réfléchir ne serai-ce que d’une mauvaise façon, de rester impassible, de s’enfermer dans son rôle, de s’amuser à titiller les gardes… Ces derniers avaient d’ailleurs décelé son état étrange, fiévreux et c’était très mauvais signe puisque, malgré ses entrailles qui se désagrégeaient petit à petit, il était resté adossé au mur opposé à la porte, son masque habituel collé au visage. On avait voulu l’emmener voir un médecin mais il avait refusé. Correction : on avait tenté de l’y traîner de force, sans succès. Un médecin avait fini par passer et avait diagnostiqué une sérieuse crise d’appendicite après un examen entrecoupé de « Je suis en pleine forme docteur, savez-vous pourquoi les aubergines sont violettes ?... Moi non plus…»

Gagner du temps, faire tourner en bourrique cet incapable de docteur… Les pensées de notre cas se résumaient à ça en cet instant. Pour qui le prenait-il, lui ? Alexander n’allait pas se faire dicter sa vie par un médecin de pacotille. Une appendicite ; et puis quoi encore ?! La douleur bien que cuisante et épouvantable allait passer. Il l’avait décidé. Une idée s’insinua soudain dans son esprit alors qu’il fixait le médecin du regard pendant que ce dernier s’éloignait pour attraper un ustensile médical. Il lui voulait du mal, c’était certain. Abuser de lui, abuser de sa fragilité temporelle. Il voulait l’arracher à son Eleanor chérie. Une foule de détails lui revinrent en mémoire. La cravate dénouée du docteur, sa blouse blanche entrouverte… Tiens, il ne s’était pas rasé ce matin ? Et sa démarche lente et maîtrisée...

Tachant de sembler toujours aussi… aussi Dawsonesque, il s’empara de son bâton de rouge-à-lèvres et s’en barbouilla généreusement les poignets. Le médecin de retour auprès de lui le trouva entrain de se lécher les poignets. Haussant un sourcil, il râla, étant dans l’incapacité de lui faire un examen sanguin (la zone à piquer se devant d’être stérilisée et propre) et remballa ses affaires, légèrement contrarié par ce contretemps. Alexander crût entendre qu’un certain docteur « Mizuhiro » allait prendre la relève et déterminer l’urgence de son opération.

Ravissement. Ce sentiment, volatile et léger avait voilé la souffrance. Cet olibrius avait enfin débarrassé sa cellule. Il était libéré de la présence plus que malvenue de l’homme. Tranquillité était à nouveau sa compagne bien que Douleur ténue la rendait âpre... Regagnant le mur Nord, il se souffla qu’il avait réussi une fois de plus à se préserver et sombra dans ses lambeaux de réflexion en attendant l’arrivée du second pantin.
Alexander Dawson

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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Sam 28 Juil - 17:35

Une journée comme une autre dans cet hôpital de cinglés. Qui pouvait dire à Seiji à quoi servait un chirurgien/plasticien de son talent ici ? Il passe sont temps à s'ennuyer. S'il ne se débrouille pas pour se créer ses propres expériences, il n'aurait franchement rien à faire. C'est un employé payé pour rien, Seiji ne s'en cache pas. Il avait juste espéré en venant ici que sa carrière serait un peu plus divertissante. Pour le moment il s'est attiré plus d'ennui qu'autre chose.

Soudain vint un rayon de soleil dans cette journée terne. Enfin cet homme n'était pas un rayon de soleil. C'était plutôt le messager de l'éclairci tant attendue.
"Docteur Mizuhiro ! Nous avons besoin de vous, c'est assez urgent. Un patient semble souffrir d'une appendicite, mais il ne se laisse pas examiner."
Une appendicite ?! Rien de très enchanteur. A vrai dire, Seiji s'attendait à quelque chose d'encore plus palpitant : des brûlures, des coupures importantes... N'importe quoi ! Ça, c'est banal !
C'est donc en traînant un peu les pieds que Seiji suivit son collègue infirmier. Ils arrivèrent devant une chambre et Seiji demanda pour quelle raison le patient était toujours dans sa chambre. Son interlocuteur lui répondit que, même par la force, ils n'avaient pas pu le faire sortir. Bizarrement l'infirmier ne pénétra pas dans la chambre. Seiji, désespéré de voir ce que lui inspirait un simple patient, s'impatienta. Il prit une boîte de gants en latex pour en retirer un et le mettre en le faisant claquer sur son poignet. Il demanda le nom du patient. Alexander Dawson.
Le médecin entra dans la chambre en refermant la porte derrière lui, histoire de ne pas laisser d'échappatoire au patient. Il n'avait pour le moment aucune envie de le torturer. Il sait que l'appendicite est douloureuse et donc peut rendre certaines personnes très désagréables. Seiji s'avança lentement en observant le patient en détail. Le docteur constata avec surprise que ce Alexander avait de longs cheveux fins et lisses qui pourraient sans doute être plus beau si le patient pouvait s'en occuper un peu plus.
Seiji se retrouva enfin debout face à l'inconnu. Comme d'habitude le visage du docteur était froid mais un faux sourire poli s'étala sur ses lèvres. Il pencha un peu la tête sur le côté pour essayer de voir le visage du patient. Seiji écarquilla les yeux de surprise, mais se reprit rapidement. La beauté de cet homme l'avait pris de court. Jusque maintenant Seiji avait vu beaucoup de gamin. Et tomber ainsi sur une 'fleur', cela avait de quoi dérouter. Il put apprécier un peu plus cette douce beauté qui lui semblait fragile et légère. Ses traits efféminés étaient exactement le genre du chirurgien ! C'était impossible ! Seiji croyait être en train de rêver. Est-ce que ses pulsions sexuelles non assouvies pourraient le faire halluciner ? Théoriquement non. Ce n'était d'ailleurs jamais arrivé.
Malgré cette beauté apparente, l'habit ne fait pas le moine. Il est inutile de déjà se monter tout un film. Il y a des gens qu'il vaut mieux ne pas apprécier à cause de leur maladie...
Après un petit moment de silence, Seiji crut bon de prendre la parole.
"Bonjour. Je suis Seiji Mizuhiro, chirurgien de l'hôpital. Il parait que tu as l'appendicite. Ça doit faire mal. Tu es sûr que tu ne veux pas être examiné ?"
Contrairement au fait qu'il posait une question, Seiji n'attendit pas la réponse. Il se foutait complètement que le patient soit d'accord. En tant que médecin, il avait signé pour maintenir chaque patient en bon état de fonctionnement et le cas échéant les remettre sur pied. Et quand un patient refuse de se faire soigner pour sa maladie mentale, Seiji s'en fiche. Mais qu'une personne compromette sa santé physique, cela le mettait hors de lui d'où des réactions un peu extrêmes.
C'est donc sans prévenir et toujours avec ce sourire froid que le médecin appuya, de sa main non ganté, sur le ventre d'Alexander là où l'on pouvait trouver l'appendice. S'il réussissait à lui arracher un cri ou une expression de douleur, alors le diagnostic était le bon. Sinon c'est un fin comédien.
Tandis qu'il maintenait une certaine pression, Seiji dit :
"Si on ne te soigne pas, tu risques d'en mourir. Cela rendrait peut-être une personne triste."
La menace était effectivement réelle. Quand au reste, le médecin ne connaissait pas en détail le dossier d'Alexander. Il disait seulement ça totalement au hasard dans l'espoir qu'il se laisse soigner.
Bon d'accord sa méthode de diagnostic était loin d'être très professionnel et allait sans doute énerver le patient, mais Seiji n'aime pas perdre son temps avec des gens qui font semblant. Donc autant être direct puisque le locataire de cette chambre semblait vouloir garder sa douleur pour lui-même.

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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Dim 29 Juil - 13:43

Impassibilité. Oui, impassibilité et indifférence avaient envahi notre cas à l’arrivée du médecin. Il n’avait même pas noté les réticences de l’infirmier l’accompagnant à entrer tant il était occupé à contempler le sol ; sol d’ailleurs très intéressant. Cette régularité, cette blancheur, cette rotondité moelleuse, ç’ en était presque à vouloir s’y mêler. Le sol des cellules capitonnées était vraiment idéal quand on voulait se perdre dans la contemplation de quelque chose… Alexander poussa même le vice à se demander quel goût il avait et hésita à le lécher pour satisfaire sa curiosité avant d’hausser les épaules et de reporter l’attention sur le plafond qui –comble de l’ironie- était exactement similaire. Le regard froid et professionnel du médecin ne le touchait guère et le glissait sur lui comme l’eau sur les plumes du proverbial canard. D’autant que, un de ses traits de caractère fabriqués par son instabilité le rendait insensible à la pudeur et faisait il n’éprouvait aucune gêne à se faire passer au rayon X. Soudain, la douleur de ses entrailles rejaillit et il dut serrer les dents pour ne pas faire en part par le biais d’un magnifique hurlement.

A nouveau douleur. Non, Douleur faisait pâle figure face à ce brasier. C’était un doux euphémisme. Insoutenable. Omniprésent. Destructeur. Pourtant habitué à la douleur physique, découlant de ses privations régulières de nourriture et de boisson, il en était là presque à enserrer sa tête entre ses fines et longues mains. Or, dans sa logique, notre cas se contentait de faire face, dissimulant avec peine l’expression déformée qui cherchait à se plaquer sur son visage. Le silence si apprécié s’évanouit lorsque le médecin parla. Une voix froide, apposée là pour faire bonne impression. Faire semblant de se soucier de lui. Cette voix n’avait aucune intonation et restait lisse et synthétique. Il avait plus ou moins entendu ce qu’elle avait à dire, ou du moins n’avait pas eu besoin d’écouter attentivement pour savoir qu’il s’agissait du blabla habituel : présentation et questionnement sur son état. Sauf que contrairement à ses collègues prétendument amicales, cette voix avait posé une question péremptoire et rhétorique. Ravi de ne pas avoir à y répondre, ce qu’il n’aurait de toute manière pas fait, il baissa son regard vers ses poignets maculés de rouge-à-lèvre. Rouge… Quelle belle couleur… C’était la seule couleur qui méritait d’être selon lui, bien que son avis ne pèse pas tellement dans cet univers aseptisé.

Soudain, une main fine et ciselée, semblable à la sienne s’abattit sur son ventre, engendrant une douleur innommable. Etouffant un juron, il s’arqua, ferma les yeux et serra les dents, la douleur passablement intensifiée par la palpation. Que c’était lancinant. Que c’était pénible. Ce n’était désormais plus son ventre que la langue de feu léchait, mais bel-et-bien l’ensemble de son corps, toujours crispé dans cette posture de souffrance pure. De minuscules gouttelettes de sueur commençaient à perler le long de ses tempes. Alexander se demandait d’ailleurs d’où pouvait provenir cette eau puisqu’il ne buvait pratiquement pas. Il vouait une haine particulièrement vive à ce liquide rafraîchissant, que ce soit pour se désaltérer ou se laver. Quel était l’intérêt, expliquez-moi ? Rien que d’imaginer le contact du liquide sur ses lèvres fines le faisait frissonner. Et cette main hostile et répugnante sur sa personne…

Dégout. Cette chose l’habitait entièrement ; ou plutôt, cohabitait difficilement avec Souffrance. Pourquoi ne le laissait-on pas tranquille ? Devait-on, à défaut de le violer-lui, violer son espace vital et son intimité ? Et puis, il y avait bien plus intéressant que lui dans cet endroit… Pourquoi se soucier d’un cas comme le sien ? Il y avait des tas de mômes captivants ici qui se laisseraient volontiers faire contre quelques passes visant à combler leur manque affectif… Lui n’en avait pas besoin. Il l’avait Elle et cela suffisait amplement ; pas besoin qu’un affreux chirurgien colle ses pattes sur sa personne. Se redressant avec laboriosité, il essuya la sueur qui continuait de couler en minces filets et pinça les lèvres. Lui, Alexander n’allait pas se faire dicter la vie par un médecin aux méthodes peu orthodoxes. N’étant d’ordinaire pas hautain, il décida de s’en remettre à l’instinct, ou plutôt à ce qu’il en restait concernant l’attitude à adopter pour faire cesser cette ignominie.

Dans un élan de Dawsonnerie, il ouvrit les yeux. Froids. Tellement froids. Il leva vers le médecin un regard glacial où se côtoyaient volonté ardente et vide abyssal. De quel droit se permettait-il de venir ici et de lui infliger une telle souffrance en enfonçant son affreuse main dans le flanc droit ? Offusqué au plus haut point, il planta son regard éteint dans celui du docteur. Ne prêtant pas attention à sa dernière remarque -qui, à son avis ne lui était pas particulièrement adressée : comment une personne internée en hôpital psychiatrique pouvait-elle avoir un entourage et par conséquent lui manquer ?-, il posa sa main glaciale sur le poignet fin de son tortionnaire et, dans une lenteur calculée, l’ôta de son appendice, le remettant en place le long de sa blouse blanche. Quel soulagement ce fut lorsqu’il n’eut plus ce poids, oppressant son organe déjà auparavant inflammé.

Retournant bien vite à ses semblants de pensées, il sentit Souffrance s’apaiser graduellement. Soudain, il se rappela de la présence du chirurgien mais ne s’en alerta pas plus que ça. Il tolérait la cohabitation tant que l’on ne cherchait pas à entrer en contact avec lui ou qu’on ne touchait pas à son intégrité. Quel jour était-on ? Il avait perdu le fil du temps depuis son insertion ici… Probablement mardi puisque cela faisait quatre jours qu’on n’avait pas pénétré sa cellule. A moins qu’aujourd’hui soit vendredi puisqu’il lui avait semblé entendre le chariot de la lingère passer pour récupérer les vêtements sales des patients. Et puis après tout, qu’est-ce que cela changeait ? Les jours se succédaient sans qu’il puisse –ou plutôt qu’il veuille- agir. Et ce n’était certainement pas à travers les barreaux de la minuscule ouverture (cela ne pouvait clairement pas s’appeler une fenêtre) de sa cellule qu’il verrait quelque indication sur le découlement du temps. Ainsi, adossé au mur Nord de sa prison dorée, un chirurgien enquiquineur face à lui, Alexander s’était encore perdu dans le flot ininterrompu de pensées qui le traversait.
Alexander Dawson

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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Lun 30 Juil - 17:28

Seiji se fiche bien de faire mal, il n'éprouve aucun plaisir malsain à cela. Mais vu l'indifférence dont fit preuve Alexander, Seiji fut bien content de lui avoir fait suffisamment mal pour le faire réagir. Il déteste l'indifférence et la désobéissance. Ce sont des choses qui l'énervent. Il suffit de voir lorsque sa soeur, Hibiki, agit ainsi. D'ailleurs le médecin s'emporte plus facilement avec elle, car il a perdu beaucoup de son précieux temps à la rendre docile. Seiji regrettait un peu de ne pas avoir affaire à elle. Peu importe l'opération, elle s'en remettrait aveuglément à son frère. Même si on lui disait que le chirurgien allait lui retirer un rein pour ses expériences, Hibiki n'y croirait pas et le laisserait faire. Ce dévouement manqué affreusement à tous les patients. Plus personne ne les considère comme des êtres humains avec une conscience, alors pourquoi Seiji se priverait-il ? Un rein, un appendice ou un bout d'intestin en moins, ça ne se voit pas à l'oeil nu.

Seiji garda son air froid et souriant en observant Alexander retirer la main du docteur. Le regard glacial du patient... Qu'espérait-il ? Faire peur au chirurgien ? Il va en falloir bien plus. Venant des patients, il n'y avait qu'une chose qu'il craignait : les actions violentes. Haïssant la douleur physique sur son propre corps, Seiji criera sans honte au secours à ce moment-là. Toutefois, tandis que le patient semblait s'absenter dans ses pensées, le médecin décida de prendre les devants à sa manière. C'est à dire : pas comme tout le monde.
Il attrapa Alexander par le col, le décollant de son mur et l'obligeant à se mettre face contre terre. Seiji avait bien sûr été assez rapide pour le surprendre. Il se foutait bien de la douleur qui lui causerait. A vrai dire le patient pouvait même mourir maintenant qu'il s'en fichait. Il serait tout de même dommage de faire disparaître ce joli minois, mais Seiji a décidé qu'il opérerait cet homme et personne ne lui prendra ce plaisir ! Ayant bien compris qu'Alexander lui opposerait une certaine résistance quant à sortir de cette chambre, Seiji appela l'infirmier resté au dehors pour lui dire :
"Je vous saurais gré de m'apporter une camisole."
Seiji ne voulait pas donner un ordre, juste suggérer qu'il pouvait avoir besoin d'aide quant à maîtriser l'individu. Il serait dommage de devoir relâcher sa prise pour aller chercher lui-même la camisole. Et puis la lui mettre seul risquait de s'avérer périlleux.
L'infirmier ne vint pas. Il n'était quand même pas parti ? Seiji commençait à s'inquiéter sérieusement. Il ne voulait pas se faire frapper ou étrangler... Il essaya de resserrer son emprise en espérant être assez fort.
Oui, il comptait bien faire cette appendicectomie maintenant si une salle était libre et cela pour plusieurs raisons. Premièrement il voulait le faire, lui et pas un autre. Deuxièmement il voulait savoir si cet homme était aussi beau à l'intérieur qu'à l'extérieur. Oui, oui, Seiji est déjà tombé amoureux d'une personne qui avait un coeur à la forme et la couleur absolument parfaites, alors que d'apparence l'homme n'était pas vraiment beau. Troisièmement il avait besoin d'étancher sa soif de pratiquer simplement. Son métier est une drogue pour lui : la sensation de toucher des organes vivants, avoir le pouvoir de vie ou de mort, la couleur et l'odeur du sang embaumant la pièce... Que d'extase !
Bon, il vient cet infirmier. Seiji l'appela à nouveau, commençant à s'impatienter sévèrement.

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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Sam 4 Aoû - 16:26

Dans les airs. Se sentir soulevé dans les airs à quelques centimètres du sol avait quelque chose grisant, de jouissif même. En effet, sentir son corps flotter au dessus du sol pouvait se rapprocher de voler. Oui, Alexander avait eu l’impression de voler, d’être dans un état de grâce divine ; du moins jusqu’à-ce qu’il ne s’écrase lamentablement sur le sol immaculé de la cellule, face contre caoutchouc. Le caniche s’était enfin décidé à passer à l’action… C’est donc le visage plaqué contre le sol qu’il resterait, dans cette position hautement inconfortable, incapable de respirer correctement. Pourquoi le médecin était-il aussi tatillon ? Il n’avait après tout fait que l’ignorer… Peut-être n’aimait-il pas ça… Ha, mais voilà la clé du mystère: monsieur l’affreux ne supportait pas que l’on soit indifférent à sa présence… Un de ces sourires dont Alexander avait le secret s’étala sur son visage, qui, plaqué contre le caoutchouc immaculé, rendait la tâche nettement plus compliquée. Il avait presque envie de rire, de lui offrir un éclat de sa voix, pas narquois ni sarcastique, mais tout simplement heureux, comblé. C’est face contre terre, qu’il se sentait entier. D’aucuns auraient jugé ça humiliant, rabaissant et terriblement cruel, mais lui, notre cas trouvait ça terriblement excitant, pourvoyeur d’adrénaline, exaltant. Il raffolait de cette sensation où il sentait son cœur pulser au rythme effréné de la vie.

Puis, un ordre fusa, dénué d’émotion, artificiel. A croire que la pulsion d’adrénaline n’avait pas permis au cœur d’Alexander de se donner à fond, ce dernier augmenta ses battements pour frôler la tachycardie. Voilà que le chirurgien demandait une camisole. Monsieur Dawson détestait les camisoles, pire, il les exécrait. Ces assemblages de tissu et de génie avaient le pouvoir d’opprimer toute liberté, de l’annihiler comme si elle n’avait jamais existé. Et s’il avait quelque chose que notre cas ne supportait bien, c’était l’atteinte à sa liberté. Raisonnement paradoxal puisqu’il vivait –pardon, survivait- dans une cellule capitonnée au troisième étage d’un asile psychiatrique, mais non car il se plaisait dans son carré parfait et matelassé ; alors qu’un vêtement qui lui liait les bras, sans façon… Le docteur voulait être capable de le maîtriser. Dans quel but ? La même idée que tout à l’heure s’infiltra dans son esprit. On voulait- il voulait- abuser de lui encore une fois… L’arracher à sa belle… Un goût amer envahi la bouche de notre cas. Il y était. Le viol. Un acte immoral et tellement coutumier dans ce lieu. Toutefois, remettons les pendules à l’heure. Un viol, de quelque nature que ce soit est un acte où l’on s’introduit de force dans quelque chose ; la liberté d’Alexander en l’occurrence. Oui, lui mettre une camisole constituait un viol. Et l’attente de ce viol était plus qu’insoutenable pour notre cher patient qui se posait une myriade de questions.

Une comptine vint à l’esprit d’Alexander, l’emplissant, chassant les incessants questionnements. Il commença à chanter, dans un souffle. Un rituel pour l’apaiser. Ca et le rouge à lèvre sur les poignets… Il fallait se calmer, se rendre à l’évidence et accepter. Il allait se faire violer. Mais, était-ce si grave ? On allait lui arracher quelque chose, or, là était toute l’astuce, il n’avait plus rien. Parfait, le dossier était classé. Il n’avait plus peur à présent. La comptine se fit plus feutrée jusqu’à ne plus être qu’un vague murmure à peine audible. Le cœur avait retrouvé son rythme normal et son détenteur sentit un sourire poindre sur ses lèvres. A présent le chirurgien pouvait lui passer cette… camisole, il ne s’en souciait pas. Cela changerait de l’affreux uniforme grisâtre de l’hôpital. En revanche, s’il essayait de l’emmener à l’extérieur de cette cellule, il ferait de la résistance. Pourquoi le ferait-on quitter son cocon délicieusement exigu? Ah oui, cette intervention inutile. Certes son appendice frottant contre le sol le faisait souffrir au plus haut point, mais jamais il ne sortirait de sa cellule, pas plus qu’on lui fouillerait les entrailles.

La camisole ne venait pas. La camisole ne venait pas et le chirurgien s’impatientait quelque peu. Alexander, lui, était ravi. Il n’était pas certes contre le fait d’en avoir une, mais il n’était pas non plus malheureux d’être encore libre. Décidément le sol de sa cellule était confortable. Il avait eu raison tout à l’heure. Fermant les yeux, il savoura le contact avec cette merveille. Malgré les longues et froides mains de son bourreau qui le maintenaient à terre, il éprouvait un certain confort et était convaincu que son Eleanor ne lui en tiendrait pas rigueur. La camisole ne venait pas. Le chirurgien serait contraint d’aller la chercher et notre cas aurait enfin la paix, du moins pendant quelques temps. Attendant patiemment l’instant où le caniche irait chercher l’objet de son insatisfaction, il se demanda combien de temps s’écoulerait avant qu’on ne touche à son intégrité, ou du moins à ce qui en restait.



Dernière édition par Alexander Dawson le Ven 10 Aoû - 10:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Dim 5 Aoû - 16:05

C'était à se demander si cet hôpital n'était pas maudit et comptait l'empêcher d'accomplir ses désirs. Seiji sentait la colère monter, c'était très mauvais signe. Quand il perd vraiment le contrôle, il s'en prend à tout ce qui lui tombe sous la main sans distinction des choses vivantes ou non. Une crise de colère comme celle-ci n'était pas la bienvenue.
Allez savoir pourquoi le médecin ne sembla pas étonné d'entendre Alexander chantonner. Et il ne lui dit rien tant qu'il restait tranquille. Le patient finit par se taire de lui-même. Heureusement, car Seiji déteste les enfants et tout ce qui s'y rapporte. Il a donc une sainte horreur de ces stupides chansons qu'on leur chante pour les conforter dans un cocon fragile. Vous croyiez qu'il pense ainsi, car il n'a pas eu le droit à cela étant enfant ? Possible, de toute façon il était trop tard pour ça.

La voix du chirurgien fut, cette fois-ci, empreinte de beaucoup plus d'agressivité lorsqu'il appela pour la dernière fois l'infirmier. Ce dernier entra subitement dans la chambre avec la dite camisole et se précipita vers les deux seuls individus de la pièce.
A vrai dire, Seiji eut envie de lui sauter à la gorge. Il n'en fit rien pour autant. Et avec l'aide de ce stupide infirmier, il mit la camisole au patient. Seiji la serra très fort, peut-être un peu trop, mais franchement il s'en fichait. La soit disant beauté d'Alexander n'avait plus d'emprise sur ce médecin hors de lui, et encore le mot est faible. C'est donc sans nul ménagement qu'il attrapa le patient pour le mettre sur ses pieds et commencer à le tirer vers la porte. A son grand étonnement, l'interné lui opposait une violente résistance. La carapace de Seiji explosa d'un coup par la rage qui l’enlaçait violemment.
"Tu veux donc crever comme un rat dans cette cellule ?! T'es complètement con, ma parole ! Vous autres, les patients, vous me dégoûtez. Vous croyiez tout savoir, mais vous ne vous connaissez même pas vous-mêmes. Je suis persuadé que tu ne sais pas que tu es malade et que tu fais exprès de te laisser mourir. Si ça t'amuse, que grand bien te fasse ! Si tu veux, je te donne aussi une arme pour te suicider, sort son scalpel personnel. Et si tu as peur de mettre fin à tes jours, je peux tout aussi bien le faire moi-même. Au moins on sera débarrassé d'une charge financière inutile !"
Seiji déversa ce flot de paroles à une vitesse incroyable. Son irritation était telle qu'il n'arrivait toujours pas à se calmer. Comprenant que la situation était critique, l'infirmier tenta d'intervenir.
"Docteur Mizuhiro, je vous en prie, calmez-vous. Comme vous le dites, il est malade et ne comprend rien. Il ne faut donc pas lui en tenir rigueur. Il pense sans cesse qu'on lui veut du mal. Ne faites rien d'inconsidéré.
- La ferme ! Ce n'est pas à toi que je parle..."

Colère, agacement, froid... tout se mélangeait et était parfaitement visible. Seiji serrait toujours l'arme blanche dans sa main gauche. L'infirmier commençait à avoir peur de ce qu'était capable cet être aussi glacial. Même si le docteur sourit rarement sincèrement, il sourit. Là, il n'y avait plus de sourire. Son regard fixé sur le patient semblait vouloir dire qu'il allait mettre fin à ses souffrances de façon plus radicale qu'une simple opération.
Le docteur Mizuhiro avait disparu pour laisser la place à un être sans nom plus terrifiant encore, qui ne vit que pour voir le sang couler.
Cette couleur si envoûtante repeindra un jour le monde...

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Seiji Mizuhiro

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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Sam 25 Aoû - 12:23

Cette fois-ci, la camisole arriva. On la lui passa, le chirurgien accompagné, préférant avoir l’aide de l’infirmier au cas où sa personne opposerait de la résistance. Seulement, chose très curieuse, notre cas se laissa faire, ayant déjà fait le deuil du soupçon de liberté qui lui restait. A quoi bon se battre pour quelque chose qui lui serait arrivé de toute façon ? Mains liées sur son ventre, il attendait la suite des événements. Son coude droit enfoncé dans sa chair embrasait son appendice et rendait la douleur cuisante, cinglante, insoutenable. Un rictus de douleur déformait son visage insipide. Ainsi, il avait fini par endosser la camisole des violents, des sauvages, de la crème des rebuts, de l’aboutissement des rejets de la société. Tous ces humains, (humains ? Non, plutôt une curieuse fusion entre humain et monstre) mis au banc de la société, jugés inaptes à ne serai-ce qu’exister, défendus d’accéder à la moindre liberté, ostracisés, répugnés, haïs… Pour quelqu’un d’ordinaire –et par ordinaire il est entendu « autre qu’Alexander Dawson »-, c’aurait été étrange, injuste voire même grisant ; nous sommes d’accord. Or ces sentiment pourtant légitimes ne l’effleuraient même pas.

Cela ne dura – (malheureusement), quoi qu’on puisse utiliser d’autres adjectifs pour qualifier ceci- pas. Il fut arraché à son confort matériel, déstabilisé par ce changement brutal de condition. Il était passé de statut de fou dit « dangereux » à celui de fou opérable. C’est donc légèrement froissé que notre cas se mit à se débattre. Ses jambes qui heurtaient le vide à défaut de rencontrer un quelconque tibia illustraient bien son refus de quitter la pièce douillette. Qu’on lui ait passé une camisole était une chose, mais le faire s’éloigner de SON Eléanor ? Jamais. C’était inenvisageable. Toujours cloitré dans son mutisme, il parvint tout de même à manifester sa contrariété. Qui étaient-ils pour oser s’en prendre à lui ? Décidemment, les agissements des autres lui échappaient. Il se démenait, gigotant comme lui permettait la camisole. Et puis ce fut Ragnarök.

Le médecin explosa.

Il était devenu un flot de paroles intarissable. Il était question, d’après ce qu’il avait cerné, du niveau ses capacités cognitives, apparemment exécrable. Tiens, le chirurgien faisait aussi allusion à ses réflexes de survie ainsi que de ses aptitudes à la compréhension toutes aussi médiocres. Absolument insignifiant… Un scalpel apparut sous son nez, venant appuyer les insinuations douteuses du docteur. Même s’il était stupide, inutile et borné, cela ne regardait que lui. Le chirurgien ne tolérait pas ça ? Qu’importe… Il était maître de ses agissements. Et voilà que l’infirmier s’y mettait… Il allait finir par rougir non d’un chien. Etre autant convoité n’était pas dans ses habitudes. Les deux hommes se disputaient maintenant pour accéder à ses faveurs. Tsss… Finalement, le « Docteur Mizuhiro » évinça le malheureux devenant par la même occasion premier prétendant.

Notre cas n’avait jusqu’alors pas réellement examiné les traits du Mister Hyde notoire, aussi ne fut-il pas surpris en le dévisageant. Ses yeux bleus luisant d’une leur mauvaise ne lui parurent guère étrange, pas plus que l’absence totale de sourire, gardant intacte la jolie forme de ses lèvres. Et ces cheveux tirant sur le mauve délavé n’étaient pas anodins. Il était plutôt mignon, dans ce qu’Alexander ignorait être un état de rage absolue. En fait, le docteur était son exact opposé. Ce dernier pétillait tandis que lui suintait le banal et le fade. Mais attention, ce n’était pas pour lui déplaire, c’est ainsi qu’il avait trouvé grâce aux yeux de sa belle et que –double tranchant de l’atout-, le personnel de l’établissement voulaient mettre la main sur sa personne, à son grand dam. Son regard gris et éteint passait au rayon X chaque aspérité de sa figure, enregistrant le moindre détail digne d’intérêt. La peau pâle du chirurgien lui faisait penser aux murs de sa cellule et ses lèvres à la couleur de son repas bimensuel, à savoir une purée de haricots rouges, quoique ceux-ci tiraient plus sur le violet. D’ailleurs, cela lui fit se rappeler que son prochain repas devait arriver d’ici quelques jours à en juger par son état de maigreur. Evidemment, il s’échinerait à le refuser, comme à chaque fois depuis quelques mois, ou peut-être bien un an, qui sait ? Il n’y toucherait pas, à l’exception d’un seul puis manquerait de s’évanouir et le tout lui serait administré par gavage. C’était d’un triste…

Où en étions-nous ? Ah oui, au visage du médecin… Son examen terminé, il détourna le regard, regard qui alla automatiquement se ficher dans le coin supérieur droit de la cellule où une araignée avait eu l’excellente idée de tisser sa toile. Inutile de préciser qu’il se contrefichait des menaces du docteur, pire, il n’y prêtait même pas attention. C’était une Pholcus phalangioides, araignée que l’on trouvait dans les espaces confinés et les coins, plus communément appelée araignée de poussière. Cette espèce-là se nourrissait exclusivement de moucherons, hors, à la connaissance d’Alexander, il n’y avait pas de moucheron dans les parages. A moins que le séduisant docteur –prière pour qu’Eleanor n’entende pas ça- en soit un, ce qui inversait la balance et le plaçait en position de force du fait de son alliance tacite avec l’araignée. Un sourit béat naquit sur ses lèvres à l’idée d’un possible accord avec un arachnide de cet acabit. Ah oui, c’est vrai, Toutou n’aimait pas qu’on oppose de la résistance ou pire, de l’indifférence. D’un autre côté, se faire secouer comme un prunier avait quelque chose d’agréable… Ce fut la douleur qui le rappela à l’ordre ; la douleur et la Pholcus phalangioides. Cette dernière avait d’ailleurs, ô stupéfaction trouvé quelque chose s’apparentant à un moucheron. Inutile de préciser que Toutou n°2 fut ingéré en moins de temps qu’il ne faut pour dire « appendicite ». Notre cas trouva cela si cocasse qu’il en fit part à mister Hyde, de sa voix grave et hors de propos.


-Vous voyez cette araignée là-bas ? Et bien figurez-vous qu’elle vient d’avaler un moucheron vous correspondant. Captivant, n’est-ce pas ?
Alexander Dawson

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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Dim 26 Aoû - 21:45

Lorsque le patient détourna le regard pendant la tirade de Seiji, le médecin se sentit perdre patience. Mais le pire était à venir... Alexander compara son chirurgien à un moucheron. Un vulgaire moucheron ?! Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Très bien, le patient ne voulait pas sortir. Il y a deux méthodes pour y parvenir : l'assommer ou bien l'endormir à coup d'anesthésiant. Les deux techniques plaisaient beaucoup au médecin. Cela se joua à Am Stram Gram. Et ce fut l'anesthésie générale qui remporta le match. Seiji ordonna à l'infirmier de rester attentif à surveiller le patient. Puis il revint avec une main derrière le dos. Comment ça il fallait l'anesthésier pour l'opération ? C'est ce qu'il fait, mais avec un peu d'avance. Rien de grave. Bon d'accord il n'a pas vérifié si le patient avait une quelconque allergie à l'un des composants. Tant pis, Alexander l'avait bien cherché ! Seiji s'approcha suffisamment pour que le patient n'ait pas le temps de lui opposer une quelconque résistance et il le piqua au bras avec une rapidité déconcertante. On voit la force de l'habitude. Les deux employés mirent Alexander dans un fauteuil roulant pour l'emmener faire un petit examen et ensuite l'opérer.

Une fois sur la table d'opération, Seiji demanda à ce qu'on remette une toute petite dose d'anesthésiant à Alexander pour qu'il ne se réveille pas pendant l'opération. Tout se passa sans encombre. D'ailleurs peut-être pouvait-il garder cet appendice pour mener des expériences sur quelque chose de concret. Aller, hop ! Emballé, marqué Seiji Mizuhiro sur l'emballage et mis au frais aussitôt.

Après l'opération, le chirurgien jugea bon de ramener le patient à sa chambre. Il sentait qu'il allait être insupportable en salle d'observation. Et puis, autant le dire, Seiji n'était pas tout à fait remis de sa crise de colère. Il était toujours aussi froid et peu aimable.
De retour à la chambre d'Alexander, celui-ci fut allongé dans son lit avec une perfusion dans le bras. Puisqu'on avait prévenu Seiji que le patient n'allait pas garder longtemps la perfusion après son réveil, le médecin prit une chaise et s'assit près du lit du patient. Il attendit patiemment.

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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Ven 31 Aoû - 14:06

On dit toujours que la naissance du monde, ou cosmogonie a commencé par le chaos, c'est-à-dire l’absence d’existence, le trou noir. Ce trou noir n’est ni mauvais ni bon. C’est juste un vide abyssal, un néant, un rien aussi présent qu’absent de part sa noirceur. C’est précisément dans ce trou-là qu’Alexander avait basculé au moment où l’anesthésiant lui avait été inoculé dans un accès de faiblesse. De ce fait, il ne se rendit compte de rien. Ni du fauteuil roulant dans lequel on le plaça et qui l’emmena au bloc, ni de l’incision qu’on pratiqua dans son flanc droit durant l’intervention, ni du retour dans son lit après. S’il avait été conscient, monsieur Dawson aurait pu témoigner du léger picotement qui aurait dû le parcourir lorsqu’on retira son organe. Il aurait aussi pu faire part du léger malaise éprouvé quand on a l’impression qu’il nous manque quelque chose, ce qui était d’ailleurs le cas chez lui. Il ne fit cependant rien de tout cela, puisque, comme expliqué ci-dessus, monsieur était plongé dans une superbe narcose.

La brume se dissipa au bout de quelques temps et elle ne fut bientôt qu’un vague arrière-goût amer. Le plafond se redessina lentement mais sûrement, dévoilant la vaste étendue monothématique qui le caractérisait. Puis le ronron d’une respiration tout près se fit entendre ; d’abord ténu pour ensuite solliciter tout l’attention des oreilles. Une lointaine saveur de fer refit surface, se déposant sur chacune des papilles de la langue. Elle disparaîtrait avec un verre d’eau. Et ce fut au tour des narines de se réveiller, révélant une forte teneur aseptisée dans l’atmosphère confinée de la cellule qui manqua de le faire vomir. Enfin, une vive douleur dans son bras gauche le tirailla soudainement, signalant que le toucher avait lui aussi repris du service. Les cinq sens étaient tous de nouveau opérationnels, complétant un Alexander encore un peu dans les vapes.

Il lui fallut quelques instants pour rassembler tous les éléments. Se repassant les derniers événements en mémoire, c'est-à-dire du moment où le fourbe docteur lui administra un anesthésiant par surprise jusqu’à présent où il émergeait… Attendez, comment ça « lui administra un anesthésiant » ?! Il s’était fait avoir ! On l’avait sorti de sa cellule ! Au moins ils n’avaient pas eu le cran de l’opérer, c’était déjà ça. Le tiraillement qu’il ressentit au flanc droit lorsqu’il tenta de se redresser le fit soudainement douter. Ils n’avaient tout de même pas osé ? Passant une main sous son haut d’uniforme, il tâtonna ce qu’il supposait être la zone de l’appendice. Arg. Il y avait un point de suture à l’endroit où devait se tenir l’organe, enfin feu l’organe à présent. Oui, ils avaient osé l’ouvrir et fouiller pour lui retirer SON appendice.

Respirer. Il fallait se forcer à respirer, sans quoi il deviendrait fou (plus qu’il ne l’était déjà s’entend). Alexander se risqua à tourner la tête vers la gauche, quitte à se trouver nez-à-nez avec quelque chose qui ne lui plairait pas, mais pas du tout. Bingo. Ce que croisa son regard était d’une abomination sans nom. Ses yeux froids le dévisageaient tandis que son sourire tout aussi postiche était à lui seul insulte à son existence. Ce qui était là n’était qu’ignominie, monstruosité, infamie, horreur. A savoir le pseudo chirurgien en blouse blanche et son sourire de damné. Tout deux se tenaient devant son lit, le derrière vissé sur une chaise. Cette chaise, qui d’ailleurs avait le mérite de supporter tant de vilenie sans s’affaisser ou se brise, était de toute beauté. Son dossier rose pâle tirant sur le Thé ainsi que son armature fine et fonctionnelle offrait un spectacle exquis à l’œil. Autant dire que le chirurgien ne méritait pas d’y être installé. Ce sublime bijou rabaissé au rang de chaine, c’en était déplorable, il méritait certainement mieux que de supporter mister Hyde.

Le point positif de tout ça –oui, il y en avait un- était qu’il n’était plus prisonnier de cette camisole. Il avait enfin retrouvé sa liberté, enfin dans une certaine mesure puisqu’il était toujours interné dans un hôpital psychiatrique… Enfermé n’était pas le terme exact. Il était ici parce qu’il l’avait bien voulu, et puis quoi encore ?! Revenons-en aux faits. Le point négatif c’est qu’il éprouvait une vague envie de carboniser le médecin. Il s’en abstint fort heureusement, préférant rester lui-même. Toute cette violence, ce n’était vraiment pas sa tasse de thé, et pourtant il en buvait des litres autrefois… Son regard dévia vers la perfusion fichée dans son bras. A en croire la couleur grenat qui parcourait le tuyau transparent, c’était bel et bien du sang. C’était donc ça le goût de fer dans sa bouche… Cela impliquait donc une perte de sang importante durant l’opération. Une perte de sang importante…

Des bouffées de chaleur parurent, accompagnées d’une légère accélération cardiaque. Et si le docteur s’était adonné à des opérations illégales ? Ou pire encore, et s’il avait profité de son inconscience pour s’en accaparer ? Non. On ne volait pas sa liberté à Alexander Dawson sans qu’il manifeste son accord… Quoi qu’il était facile d’abuser de lui une fois hors d’état de nuire. Tiens, l’araignée avait disparu de son coin. Ses ongles se crispèrent sur le drap fin, montrant son inquiétude. Que s’était-il passé ? Il n’était pourtant pas mignon au point d’être violable… Ou alors les collègues du chirurgien ne le trouvaient pas à leur goût… Quoiqu’on ne sache pas vraiment avec le médecin… Dans sa paranoïa, notre cas s’imagina les pires scénarios, blanchissant de seconde en seconde, ce qui était en soit un exploit puis qu’il était déjà presque translucide… Comment savoir si Hyde avait détourné l’opération et/ou son corps sans lui adresser la parole ?
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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Dim 2 Sep - 13:17

Ça avait été un peu long d'attendre son réveil. Seiji s'ennuyait ferme, pourtant il ne manquait pas d'idées de distraction. Il aurait pu en profiter pour satisfaire sa curiosité malsaine et déshabiller le patient pour examiner la totalité de son corps frêle, surtout les parties les plus intimes. Mais il avait également envie de voir sa peau blanche comme un mort. Le blanc, la deuxième couleur favorite de Seiji. La première étant bien sûr la couleur du sang.
Soudain il se souvint de cette araignée et... du moucheron. Il regarda le coin inférieur de la chambre. L'araignée était en train d'enrouler sa proie. La colère lui monta immédiatement au nez. Il se leva, prit la chaise pour monter dessus près du coin. Il retira sa chaussure et éclata les deux insectes. Enfin il ne les écrasa pas contre le mur, il les frappa suffisamment fort pour les tuer sur le coup sans faire de tâches sur le beau mur blanc. Les insectes s'écrasèrent sur le sol, inertes. Seiji descendit de sa chaise et les regarda de haut en se disant que c'était des choses bien trop fragiles comparé à lui. Le médecin ramena alors la chaise près du lit du patient et il se rassit dessus. Il croisa les jambes l'une sur l'autre et il s'accouda sur son genoux en posant sa tête dans sa main. Il observait le patient en se disant qu'il serait bien qu'il se réveille...

Et enfin le moment tant attendu arriva. Alexander s'éveilla. Seiji se mit donc à sourire comme d'habitude. Un sourire qui se voulait poli mais était extrêmement froid. Evidemment le réveil était difficile pour cet homme. Il venait d'être sur-anesthésié et allait se rendre compte très vite qu'il a été opéré sans son accord. Peu importe. Dans cette affaire, c'était Seiji le gagnant et le moucheron n'était autre qu'Alexander.
Soudain le patient s'agita. Le médecin se leva d'un bond et posa sa main sur le cou de l'homme pour chercher son pouls. Il était très rapide, sa respiration allait dans ce sens-là également. Alors Seiji chercha un moyen pour le calmer. Il se rappela qu'il y a de cela beaucoup d'années, quand il s'énervait un peu trop, sa mère l'attrapait et lui massait les tempes et les mains. Le massage est loin d'être une pratique que le chirurgien exerce, mais ça valait le coup d'essayer. Il s'assit sur le rebord du lit et prit l'une des mains d'Alexander pour lui masser la paume. Puis il fit de petits cercles sur les tempes du patient en essayant de s'appliquer calmement. Lorsqu'il cessa, il regarda le patient un moment avant de demander :
"Ça va mieux ?"
Seiji ne savait absolument pas s'il aurait une réponse. Sûrement pas puisque le patient le considère comme un être inférieur. Peu importe. Le médecin ne devait pas s'en formaliser. Non, il devait garder ce calme qu'il avait retrouvé et maîtrisait l'effet des attaques sournoises du patient.

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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Sam 22 Sep - 11:19

L'incompréhension est un curieux sentiment (sentiment, soit dit en passant tout à fait normal que n'importe quel être humain sur terre capable du raisonnement le plus basique aurait ressenti s'il était incapable de dire si l'homme assis à son chevet était son hypothétique violeur ou bien simplement un médecin particulièrement cynique), non ? C'est vrai, être déboussolé n'a rien de très agréable; à moins bien sûr que l'on soit masochiste, ce qui n'était fort heureusement pas le cas d'Alexander Dawson, excentrique résident de l'établissement Psychiatrique Psychiatral Hos. Vraiment, qu'y avait-il d'excitant à se sentir perdu, désemparé et désarçonné ? Rien du tout. Cette sensation lui déplaisait, pire, elle l'ennuyait, l'importunait, l'horripilait, l'excédait. Et si ça n'avait été que ça; mais voilà, non seulement il était cerné par l'incompréhension mais la crainte l'avait aussi gagné !

Incompréhension et crainte étaient les deux seules émotions qu'était capable de ressentir Alexander Dawson en ce moment tant son cerveau refusait d'admettre la triste vérité: il était violable... Et le sourire de son potentiel agresseur qui ne faiblissait pas... Il avait l'air satisfait de lui, content de ce qu'il avait pu faire. Peut-être était-il habitué à abuser de ses patients une fois ceux-ci endormis... Il avait eu raison de se méfier de lui ! Et que dirait Eleanor face à cette déconfiture ? Un sentiment de malaise l'envahit, annihilant tout le reste. Le monde n'était plus que vertiges et oppression. Oui, il se sentait dégoûté d'avoir pu se laisser faire, dégoûté d'avoir en quelque sorte trahi sa belle, dégoûté de correspondre aux besoins malsains du chirurgien. Lui qui avait été laissé en paix, négligé pendant tout ce temps -à sa grande indifférence d'ailleurs-, prenait une énorme claque en pleine figure.

Soudain, Hyde fit un geste qui l'étonna autant qu'il l'inquiéta: il s'était considérablement rapproché pour n'être plus qu'à quelques centimètres de sa personne; distance que l'on pouvait combler en une fraction de seconde. Allait-il le violer à nouveau ? Voulait-il présenter ses excuses, ce qui était évidement peu probable, ? Notre cas le saurait très prochainement. Fermant les yeux, il poussa un soupire exaspéré et attendit la fatalité avec résolution et renoncement.
Coup de théâtre. A la surprise générale -enfin plutôt à la sienne vu l'absence de public dans la cellule-, le médecin se contenta de lui prendre son pouls. Pas d'attouchements, pas de caresses, pas de paroles lubriques. Uniquement son pouls; geste médical qu'il appréciait certes peu en temps normal, mais un simple mouvement dénué d'intentions malsaines tout de même. Il allait pousser un soupir et regagner son état catatonique lorsqu' Hyde fit quelque chose de dangereux:

Il alla s'assoir sur le lit dur, faisant par la même occasion grincer le sommier.

Son coeur descendit de plusieurs étages pour finir près du pancréas. La panique -non, ce n'était pas le bon mot, trop euphémiste. Disons plutôt la Terreur.- La « Terreur », donc, le gagna encore un peu plus, s'installant sur chaque parcelle de son visage désormais exangue. C'était la fin. Il ne lui restait plus qu'à dire ses prières avant de se faire doucement violer. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque le médecin se contenta de lui masser la paume de la main droite. Lui masser la paume droite... Notre cas eut presque envie de l'inviter à le violer tant la scène était absurde. Prédator en train de le masser... Cela porta néanmoins ses fruits. Ce geste; aussi désinvolte fut-il, eut pour effet de le faire redescendre sur terre et de replacer son coeur à l'endroit initial, soit devant les poumons, à moins que ce ne soit derrière, peu importe. Vint le tour des tempes. Notre cas demeura interdit, fixait le sol qui, ô surprise, ressemblait au reste de la cellule. Etait-il le seul à trouver cette scène complètement délirante et surréaliste ? Le monstre de perversité lui prodiguant des soins ? Non, non, non, non, non. Ca ne collait absolument pas. Moucheron était incapable de ressentir ne serait-ce que de l'empathie pour quelqu'un, sain d'esprit ou non...

A moins que le chirurgien soit tout aussi désarticulé psychiquement.... Seulement, lui aurait eu la chance ou du moins le hasard de se retrouver du « bon » côté de la grille, du bon côté de l'égarement. Après tout, il avait lui aussi l'air un peu déséquilibré... Et puis lui, Alexander, était encore intact, si on faisait abstraction de son appendice bien sûr. Le docteur n'avait peut-être pas si mauvais fond... Pas si mauvais fond... Ola Ola Ola ! Il fallait pas non plus s'emballer et réviser son jugement à la moindre manifestation d'empathie. C'était un monstre et rien de plus. Un peu comme lui d'ailleurs. Lui qui avait incendié un orphelinat, lui qui ne le regrettait absolument pas... Seulement lui se tenait derrière les barreaux et de façon presque volontaire. Il se plaisait ici et ne voulait aller ailleurs, par crainte de la société et des hommes corrompues qui s'y tenaient. Et puis Eleanor resterait à ses côtés quoiqu'il arrive. Il se fichait à vrai dire désormais de la présence du chirurgien. S'il ça allait mieux ? Bien-sûr que ça allait mieux ! Un monstre qui venait d'abuser de lui, se souciait de son bien-être ? C'était fort de café !


Je suis tenté de vous répondre oui et non. Oui car vous avez fait redescendre ma tension, et non car j'ai toutes les raisons de penser que vous avez abusé de moi durant ma léthargie...


Dernière édition par Alexander Dawson le Dim 23 Sep - 11:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Dim 23 Sep - 8:34

Seiji n'enviait cela à personne. On parle évidemment de cette incapacité à cacher ses propres sentiments. Cela montre beaucoup trop les faiblesses. C'est horripilant ! Le médecin s'étonnait toujours en voyant les visages de ses interlocuteurs se défigurer. Il était d'ailleurs surpris de voir comme le patient était un vrai livre ouvert. Toutes les émotions qui avaient défilé sur son visage étaient clairement visibles. Incompréhension, crainte, étonnement, inquiétude et enfin le plus beau : la terreur. Le visage d'Alexander creusé par ce dernier sentiment était d'une beauté sans faille. Toutefois il fallait qu'il reste calme pour éviter de rouvrir l'entaille de l'opération. Quel dommage ! Seiji aurait bien profité de son beau visage plus longtemps mais ce sera pour une prochaine fois. Le soin des patients est une chose que le chirurgien respecte par-dessus tout. Parfois c'est lui qui blesse volontairement les autres, mais il les soigne après. Il n'est pas un monstre sur toute la ligne. En fait on pourrait même dire qu'il était une contradiction à lui tout seul. Pour le bien de la science, il tuerait des patients sans une once de culpabilité. Mais il se doit de faire ça dans les règles de l'art, c'est à dire en calmant les douleurs trop fortes pour être supportable.

A son grand étonnement, Seiji obtint une réponse. Le patient ne l'avait donc pas ignoré bêtement. Quel honneur !
"Bien. Quel plaisir d'obtenir une réponse ! Soupira-t-il. Quant à votre affirmation sur le fait que j'ai 'abusé' de vous. Je trouve ceci excessif. J'ai effectivement retiré votre appendice enflammé, mais je n'ai rien fait d'autre. Mon seul soucis aurait été d'être accusé de ne pas avoir fait tout ce qui est en mon pouvoir pour vous sauver, car j'aurais très bien pu vous laisser mourir d'une si minime chose. Cependant j'ai le sens du devoir, donc j'ai fait ce que j'avais à faire malgré vos réticences. Tout ce qui compte à mes yeux, c'est le résultat. Vous pourrez à nouveau rester enfermé dans cette chambre à vie sans avoir à parler à qui que ce soit. N'est-ce pas merveilleux ?"
Seiji se moquait bien de sa vie misérable. Et le ton de sa voix dénotait son ressenti dans son interrogation rhétorique. En fait il trouvait ridicule que quelqu'un ait envie de passer sa vie cloîtré dans une si petite pièce. Remarque les espaces réduits ont un aspect rassurant pour certains. Quand on y réfléchit, on vient tous d'un espace exigu : l'utérus de notre mère. Pour certains c'est l'éprouvette mais ça revient à la même chose. Seiji se demanda si ses collègues psychiatres étaient déjà remontés aussi loin quant à l'explication de certaines pathologies psychologiques sur les espaces réduits ou ouverts. Sans doute. Après tout l'analyse mentale est loin d'intéresser notre chirurgien.

"Plus sérieusement. Je n'ai qu'un conseil à vous donner : du repos. Au moins le temps que l'entaille cicatrise convenablement. Si vous ne la rouvrez pas, vous n'aurez aucune trace sur votre corps. Et seul votre réveil difficile sera un lointain souvenir."
Le choix des mots n'était pas si mal. Seiji avait failli dire que c'était un ordre, mais il avait compris qu'Alexander ne l'écouterait pas du tout. Hors en prétextant que ce n'est un conseil, il exerçait une certaine influence sur cet homme en lui faisant croire qu'il avait le choix. De toute façon comme il l'avait été souligné précédemment, le 'fou' était loin d'être du genre à beaucoup se balader en dehors de sa chambre. Il semblait même avoir un certain attachement au mur. Son conseil semblait donc tout à coup parfaitement inutile. Mais en bon médecin il se doit de le préciser.
"Voulez-vous que je vous fasse apporter quelque chose à manger ou à boire ?"
Cette question était ridicule puisque Seiji avait eu vent du régime alimentaire particulier d'Alexander. Il trouvait cela parfaitement idiot. Peut-être qu'il faudrait une façon distrayante de lui donner à manger... Le chirurgien avait bien quelques idées, mais son interlocuteur refuserait de se mêler au jeu. C'était bien dommage !

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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Mer 14 Nov - 21:42

Tsss était le premier mot qui lui vint à l’esprit après le long monologue du docteur. Monologue ? Evidemment, vu la durée plus qu’enviable de son discours, il ne fallait tout de même pas qu’il s’attende à s’adresser à quelqu’un, le seul potentiel interlocuteur de la pièce n’ayant pas daigné lui accorder une oreille, trop occupé à compter les dalles au plafond. Et si c’était le cas, il allait être déçu. Beaucoup d’air pour pas tellement de résultat. Les jeunes étaient de nos jours trop sûrs d’eux, à croire qu’on les avait élevés avec la conviction qu’ils étaient tout ce qu’il y avait de plus beau sur terre, des huitièmes merveilles du monde en somme. Les parents choyaient beaucoup trop leur précieuse progéniture. Les bambins avaient perdu toute la combativité dont pouvait faire preuve un enfant manquant de confiance en lui lorsqu’il essayait de garder la tête hors de l’eau. Les parents ne savaient décidemment plus élever leurs marmots. C’était regrettable.

Le docteur Mizuhiro était l’un des leurs. Il ne se remettait probablement jamais en question, ne se doutant pas que ses longues apostrophes étaient tout sauf attrayantes. Il le prenait pour un dingue, un aliéné, un désaxé qui n’avait rien d’autre à faire que (de) l’écouter déblatérer. Il n’avait décidément que ça à faire que de déranger les honnêtes gens ? Oui, parfaitement, honnêtes. Lui était ici de lui-même, par son bon-vouloir. Il ne serait certainement pas là s’il ne l’avait pas décidé. Il était donc un patient de premier ordre. Et justement, cela tombait merveilleusement bien, son premier ordre était de bien vouloir lui ficher la paix.

Dormir ? Ben voyons. Un sourire se peignit sur son visage tandis qu’il flanquait ses poignets décharnés dans les poches de son uniforme terne. Tout ça c’était du vent. A bien regarder, on voyait bien qu’il jouait la carte de la proximité. Ces deux dernières années, quelques infirmiers suffisamment téméraires s’étaient aventurés dans sa cellule, tout sourire en pensant avoir affaire à une loque bourrée de neuroleptiques. Et bien non. Il en était tout autrement . Alexander s’était fait un réel plaisir de les malmener, inversant les rôles pour les réduire à l’état de proies. Il lui arrivait aussi de les ignorer superbement, ce qui les faisaient sortir de leur gonds. Après tout, qu’y avait-il de plus frustrant que de parler à un mur ? –Il en avait d’ailleurs fait l’expérience pas plus tard qu’il y a quelques heures avec le « charmant » docteur- Nombre d’entre eux s’étaient d’ailleurs juré de ne jamais revenir dans son humble demeure. Oh, ce n’était rien de méchant, juste des remarques acerbes, ô combien déstabilisantes.

Comme il l’avait déjà dit, c’était le bon temps. Hors, là était le problème. Il avait changé. Il s’était terni, affadi, jusqu’à devenir âcre, insipide. Il n’avait plus cette fougue passée, celle qui lui permettait de faire ressortir les aides-soignants, en larme de sa cellule. Et voilà que ce petit jeune, cette infâme canaille essayait de profiter de sa faiblesse temporaire, il osait l’espérer ?! C’était fort de café ! Il se permettait de venir troubler sa royale paix et en plus de la narguer ?! C’en était trop.

Dormir ? La belle affaire. Alexander se serait presque mit à expliquer au chirurgien qu’il ne dormait pas, sur cet affreux ton que prennent tous les docteurs pour expliquer quelque chose à un patient un peu apathique. « Réveil difficile » ? C’était le cas de le dire ; et même un euphémisme. Il aurait bien voulu l’y voir, tellement gavé d’anesthésiant qu’il mettrait une bonne dizaine de minutes avant de recouvrir les cinq sens… Et il osait le dire avec autant de légèreté ? Tsss…

Alalala ; le coup de l’ordre dissimulé sous une recommandation… C’était éculé… Franchement, quelle personne saine d’esprit souhaiterait le bonheur d’un fou ? Décidément, ce petit jeune n’irait pas loin dans la vie avec ce genre d’arguments. Proposer à une personne… disons… qui s’était détournée du schéma de comportement habituel d’améliorer ses conditions de vie était à peu près pareil que d’inviter un pirate de longue date à faire un brin de toilette ; c'est-à-dire totalement inutile et perdu d’avance. Et ça, notre cas était bien placé pour le savoir.
En fait, il avait presque envie d’enseigner au docteur comment s’y prendre avec un patient. C’est vrai quoi ; le chirurgien s’y prenait comme un pied. Son hypocrisie était perceptible pour le dernier des trépanés ! Et encore… Cela crevait les yeux. Non, le médecin ne mourait certainement pas d’envie d’être enfermé avec des débiles mentaux. Comme tout le monde d’ailleurs. A moins qu’il ne soit masochiste, ce qui était fort possible. Après tout, quel genre d’homme sain d’esprit irait volontairement farfouiller dans des tarés ? Mmmh, il avait mis le doigt sur quelque chose, là. Enfin bref, reprenons.

Une pensée lui heurta soudainement le cerveau. Et si c’était lui qui était lucide au point de voir le dégoût du docteur, enfoui sous des couches et des couches de politesses doucereuses et ô combien captieuses. Intéressant. Toujours est-il qu’on ne la lui faisait pas à lui. Et son petit jeu était sincèrement indigne de lui. Il ne concevait pas qu’on puisse rester dans le juste milieu : pas assez sincère pour penser vraiment ce qu’il essayait de transmettre et pas assez courageux pour lui révéler la vérité ; soit clamer haut et fort son aversion pour le pauvre fou qu’il était. Pitoyable. C’est là qu’il préférait largement sa place à la sienne. Notre cas, lui ne se privait pas de réagir en fonction de ce que lui inspirait l’homme, c’est-à-dire pas grand-chose. Il lui était à peu près aussi indifférent que l’air qu’il respirait, et ce n’était pas peu dire… Il lui était transparent et ses paroles glissaient sur lui comme la pluie sur les plumes du proverbial canard. Transparent par son essence mais tellement fascinant par son comportement, suffisamment pour que le patient se penche dessus.

Quand au fait qu’il faille manger, il laissa un sourire merveilleusement Dawsonesque s’esquisser sur ses fines lèvres (autant battre l’ennemi sur son propre terrain), avant de répondre, d’une voix toute aussi mielleuse.


Je vous remercie mais je ne ressens pas le besoin immédiat de manger, encore moins de boire.
Alexander Dawson

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MessageSujet: Re: Quand la douleur est le remède à la douleur... Mar 27 Nov - 20:42

Seiji n'attendait vraiment pas de réponse. En fait il se disait simplement qu'il avait fait son travail et qu'il pouvait se tirer vite fait pour aller chatouiller d'autres patients plus amusants. Oui, quand ce médecin ne peut pas s'amuser avec quelqu'un, il le trouve inintéressant et ne revient pas le voir sauf obligation. Et puisque Seiji n'est qu'un chirurgien, il ne le reverra pas de si tôt.
Il pourrait aller jouer avec l'appendice d'Alexander. Mais un petit bout d'organe comme celui-ci, c'est peu distrayant. Disons qu'il n'y a pas grand chose à tester là-dessus, surtout maintenant qu'il est détaché du reste du corps. Ennuyant... Seiji avait fixé un instant le patient. Et voyant aucune réaction chez lui, il s'était dit que le seul problème de cet homme était ses émotions. Troubles émotionnels graves. Rien d'étonnant vu ses réactions. Finalement le chirurgien s'était habitué au silence de son interlocuteur. C'était dix fois mieux que les autres patients qui débitent mille mots à la minute. D'ailleurs le médecin pensa à Hibiki. Elle est exactement le genre de personnes qui l'agace. Mais ce défaut a été corrigé. C'est devenu une brave fille bien soumise et qui sait se taire. Leur mère n'était pas là pour encadrer ses deux enfants, alors c'est Seiji qui s'est occupé de dresser Hibiki pour qu'elle ne devienne pas une catin comme leur mère.

Seiji rangea la chaise, sur laquelle il était assis, dans un coin de la pièce et se disait qu'il pouvait partir. Après tout ce n'était pas Alexander qui allait le retenir. Nous disions donc que Seiji allait partir quand il entendit cette voix. On aurait dit qu'elle venait d'outre-tombe tant elle était inespérée. C'est donc avec un air surpris que le chirurgien regarda la seule et unique autre personne de la pièce. Son étonnement le quitta pour être remplacé par son masque souriant avec froideur. Il ne se gêna pas pour faire remarquer ceci :
"Laissez tomber ces manières... Fit-il avant de marquer une courte pause. Ce ton ne vous va décemment pas."
Le docteur aurait même préféré une réponse 'classique' du patient plutôt qu'il arbore cette façade. Seuls les patients ne mentent pas ici, hormis ceux qui le font de manière inconsciente. Après ce bref interlude, Seiji tourna les talons et voulut quitter la cellule (?).

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

"Merci à l'hemoglobine, sans qui les giclées de sang seraient largement moins esthétiques..."


Seiji Mizuhiro

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Quand la douleur est le remède à la douleur...

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